Franck Sorbier

SORBIER
LA
DRÔLE
de
COLLECTION
Haute Couture
Hiver 2012-2013

Une idée de collection peut surgir au détour d’une virgule, d’un échange de regard, d’une page mille fois retournée, d’un souffle silencieux. L’inspiration est un moment magique où tout peut vous apparaître et coexister. La création aussi bien que le chaos, une drôle de guerre en somme. Mais la nécessité du créateur est de se laisser emporter loin d’ici-bas.
Au fond de la bibliothèque, je suis allé rechercher « Les Fleurs du Mal » de Charles Baudelaire. L’introduction de Claude Pichois aurait dû me mettre en garde. L’imagination est une maîtresse exigeante où l’imaginaire un amant avide, ce sera comme vous aimez.
Dans son texte, Pichois écrit et je le cite : « Baudelaire est le Janus de cette poésie ou, pour prendre une image plus moderne, il en est le grand « échangeur » : celui qui regarde vers le passé et vers l’avenir ; celui qui transmet les valeurs anciennes aux générations nouvelles, qui transmue le passé en présent et en futur ; le dernier classique et tout à la fois le premier moderne. ».
Janus ne me quitte pas (4.1.1961 à Fréjus).
Un projet INTEL et la Haute-Couture SORBIER, Comment ? Pourquoi ? Quand ? Où ?
Cette collection fait appel aussi bien aux nouvelles technologies : la vidéo Mapping 3D, qu’aux histoires certifiées : les contes de fées et la tradition de la Haute-Couture.
J’ai toujours adoré les images bien plus que la réalité, elles sont souvent plus parlantes ; elles nous dévisagent, nous sondent, nous transpercent, nous nourrissent, elles nous enveloppent aussi.
Peau d’âne, le conte de Charles Perrault écrit en 1694, ne cesse de me hanter (La Mariée de la Collection PAP Hiver 1992-1993, Le premier passage de la collection Portrait Chinois Haute-Couture Hiver 2010-2011 et celle que j’appellerai aujourd’hui « Peau de 3D Haute-Couture Hiver 2012-2013 »).
Le film de Jacques Demy reste un bijou, comment oublier les robes irréalisables, l’hélicoptère surréaliste, Jacques Perrin : Prince et ami « Jacques je m’autorise avec ta bénédiction », l’héritage antique et freudien qui n’est autre que le complexe d’Electre, sans oublier la fameuse bague, remède de tous les tourments, CARTIER amoureusement! La Haute-Couture que vous allez découvrir aujourd’hui est tout à fait immatérielle, le rêve est fait de cela : un condensé de vertiges sensoriels.
Au delà du conte, j’ai une réelle fascination pour la métamorphose, la dimension fantastique, l’état de grâce, les joies visuelles.
Cette collection parle de tout ce que j’ai toujours chéri mais avec une résonnance actuelle, elle rend hommage au savoir-faire précieux de la Haute-Couture par le biais des nouvelles technologies : l’oeuvre mise en scène par la machine.
Ce qui m’intéresse avant tout, c’est le sens profond des choses, l’âme d’une création, les ondes de choc d’un projet. Proposer des robes virtuelles c’est à la fois novateur, écologique et amusant. C’est aussi projeter dans le futur notre héritage artistique unique au monde en la matière et ainsi le protéger. C’était aussi un nouveau défi à relever, d’ailleurs ce n’est pas la première fois que la petite Maison de Haute-Couture SORBIER sort des sentiers battus :
collection les Passionarias (défilé de dessins en 3D sur Internet – Hiver 2008-2009) ; la Haute-Couture n’est plus ce qu’elle était, So What ? (Le film muet en noir et blanc- Eté 2009) ; Gueules d’Atmosphère (une approche textile et orfèvre du portrait- Hiver 2009-2010). Ces expériences m’ont aidé à écrire un synopsis rapide comme une histoire sans paroles, à créer un story board sous forme de collage de photos, idées de robes et de décors en correspondance ou en décalage. Je me suis laissé guider par mes envies et les ouvrages que j’ai trouvés dans les librairies ont confirmé mes choix.
Mais ce n’était pas gagné d’avance. Il faudra d’ailleurs beaucoup de volonté et c’est peu dire à Laurent Vernat et à Isabelle Tartière pour sauver cette collaboration, presque contre-nature, mais serait-ce un conte s’il n’y avait eu de moments périlleux ?
D’ailleurs pour en rire aujourd’hui, je vous livre un petit secret d’alcôve : un jour, en plus du lot d’emmerdements inhérents à la présentation d’une collection dans des conditions extrêmes et cela depuis trop longtemps, ma machine à coudre a décidé de péter les plombs et de ne plus avancer. La goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Je me suis senti comme « Le dieu de l’impuissance » (extrait de l’Introduction de Claude Pichois) et rien de moins !
Et pour mieux vous exprimer mon désarroi, j’ai piqué, çà et là, dans les poèmes de Baudelaire des fragments de vers : « un astre inutile », « étoffe vacillante », « charmant poignard », « chrysalides funèbres », « grand miroir de mon désespoir », « vos vastes nuages en deuil », « douleur majestueuse », « le noir illimité », « sublime ignominie ».
J’espère que la Grande Dame ne sera